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1894

PROSERPINE

Jean MORÉAS

Dans ce riant vallon, cependant que tu cueilles La douce violette aux délicates feuilles, O fille de Cérès, hélas ! tu ne sais pas Que le sombre Pluton poursuit partout tes pas.

Il ne supporte plus d'être nommé stérile, Car Vénus Ta blessé soudain des mêmes traits Dont elle abuse, au fond des antiques forêts, La race des oiseaux et le beau cerf agile.

Entends les cris du dieu ! sous son bras redouté Se cabrent les chevaux qui craignent la clarté. Rompant sous leurs sabots le roseau qui s'incline Aux marais paresseux que nourrit Camarine.

Dans ses grottes gémit Henna, mère des fleurs, Et Cyane ses eaux fait croître de ses pleurs. Parmi les pâles morts bientôt tu seras reine, O fille de Cérès, et Junon souterraine.

Ainsi, toujours la vie et ses tristes travaux Troubleront le Néant dans la paix des tombeaux, Et désormais en vain les Ombres malheureuses Puiseront du Léthé les ondes oublieuses.

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