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1886

MADRIGAL

Jean MORÉAS

Incarnate et dodue et narguant les chloroses, Avec ta bouche rutilante et ton maintien Impudique, et ton front que le remords chrétien Ne saurait assombrir de hantises moroses ;

Avec tes seins petits et tes hanches décloses, Et tes cheveux tordus, tu représentes bien Ce conventionnel amour, que l'art païen — Mais le nôtre— para de rubans et de roses.

Or, je rêve d'un temple aux doriques piliers Où grimpent les volubilis parmi les mauves ; Et dans le pur acier de tes prunelles fauves Je vois des bois de myrte aux nymphes familiers,

Et des ruisseaux furtifs où boivent les dorcades, Et qui coulent par mélodieuses saccades.

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