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1884

LE DÉMONIAQUE

Jean MORÉAS

Ai-je sucé les sucs d'innommés magistères ? Quel succube au pied bot m'a-t-il donc envoûté ? Oh ! Ne l'être plus, oh ! Ne l'avoir pas été ! Suc maléfique, ô magistères délétères !

Point d'holocauste offert sur les autels des Tyrs, Point d'âpres cauchemars, d'affres épileptiques ! Seuls les rêves pareils aux ciels clairs des tryptiques, Seuls les désirs nimbés du halo des martyrs !

Qui me rendra jamais l'hermine primitive, Et le lis virginal, et la sainte forêt Où, dans le chant des luths, Viviane apparaît Versant les philtres de sa lèvre fugitive !

Hélas ! Hélas ! Au fond de l'Érèbe épaissi, J'entends râler mon cœur criblé comme une cible. — Viendra-t-on te briser, sortilège invincible ? — Hâte-toi, hâte-toi, bon Devin, car voici

Que l'automne se met à secouer les roses, Et que les jours rieurs s'effacent au lointain, Et qu'il va s'éteignant le suave matin : — Et demain, c'est trop tard pour les métamorphoses !

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