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1884

HOMO FUGE

Jean MORÉAS

Sur l'arbre et la bête de somme, Sur le fauve altier, et sur l'homme Inutilement révolté, Monstre de pleurs et de sang ivre,

Désir formidable de vivre, Tu fais peser ta volonté. Pour vaincre l'austère non-être Tu dis aux succubes de naître,

Et de ta main tu prodiguas Les joyaux aux prostituées, Et les couronnes polluées Autour du front des renégats.

Expert en les dialectiques, Tu parles et tu sophistiques Avec ta voix de clair métal : Et les tentations pullulent,

Et les tentations ululent Dans l'ombre du ravin fatal. Car tu sais pour damner notre âme Faire jaillir la pure-flamme

Dans l'œil des hiboux et des freux ; Tu connais les accoutumances Des devins, et les nigromances Et les hocuspocus affreux.

Sous la comète et sous la lune, En tunique de pourpre brune, Très blanche avec des cheveux blonds, Près du lac où nagent les cygnes,

Ta feinte candeur a des signes Qui parlent des sentiers oblongs. À travers les chaudes haleines. Des tabacs et des marjolaines,

De nos vœux tu guides l'essor Où, dans sa fière nonchalance, La fleur-charnelle se balance Pareille au grand lis nimbé d'or.

Mais ta promesse n'est que leurre ! Bientôt, bientôt sonnera l'heure Du chevalier au pied fourché, Et nous savons bien que tu caches

Sous les velours et les panaches, Toute la hideur du péché. Oh ! Qu'il vienne un autre messie Secouer l'antique inertie,

Qu'il vienne en ses rédemptions Détruire l'œuvre de la femme Et te faucher, désir infâme Des neuves générations.

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