J'eusse pu me nourrir de miel
Nouveau, pendant des mois, et bien que l'on prétende
Que sa saveur trouble les sens,
Je n'eusse été, certes, tant dépourvu de sagesse
Que pour avoir, de ma lèvre, ah si peu i
Effleuré ta bouche, semblable au feu.
Bouche plus suave que le miel
Au creux des ruches amassé,
Bouche plus vive que les hauts pavots
Parmi la prée.
Accole, ô sa bouche, rebaise la bouche mienne,
Que tout forcené je devienne.
Ainsi, Amour dernière à mon cœur née,
Par bois touffus et sente étronçonnée
J'irai, mené de mes fureurs errantes,
Jusques au val où les eaux sont courantes,
Et là, d'un saut, tôt me sera ravie
Cette langueur de vous, avec la vie .
Alors, peut-être, un dieu Sylvain me changera
En arbre dru, dont la verdure forte,
Belle, t'abritera,.
Lorsque l'Auster moiteux les grêles nous apporte.
Alors, la Gyprine, peut-être,
De mon corps défunt fera naître
Quelque haie aux jets éclatants.
Et sur le retour du printemps
Je saurais encor te complaire
Fleur en ta tête claire.
Peut-être, aussi, serai-je mué,
Par celui qui son front pare d'une corne lisse,
En roseau doucement remué :
Pour bercer ton sommeil, au solstice.