D'où vient qu'aux enfantins souvenirs tu tressailles, Mémoire indifférente aux passages d'hier ?… — C'était une campagne, aux portes de Versailles, Que d'éclatants massifs semblaient incendier.
Écoliers libérés dans l'essor du dimanche, Ignorants de l'ennui qui s'attache aux plaisirs Amoncelés au bout d'une route trop blanche, Nous arrivions joyeux, et tout pleins de désirs.
La cloche du portail, dont j'ai le son dans l'âme, Résonnait avec grâce et sans bruit de tam-tam ; Et c'était un accueil fait d'odeurs et de flamme, Fleuri d'aristoloche, et de jasmin de Siam.
Une touffeur sortait des pelouses brûlées, Près de la plate-bande au dur géranium ; Et des bourdonnements de poursuites ailées Susurraient sur des lis d'un rouge de minium.
Les mères s'éventaient dans la demeure sombre, Parmi l'obscurité de l'appartement clos Où les yeux aveuglés se caressent à l'ombre Qui s'éclaire, par place, aux cadres des tableaux.
Voici les mots légers, les paroles charmantes, L'appel du frais goûter de gâteaux et de fruits, Et l'intérieur plein d'apparences dormantes Non loin des pâmoisons du jardin qui bruit.
La persienne s'entr'ouvre ; un rayon mort se glisse Parmi l'argenterie, effleure l'acajou, Et fait se révéler le décor calme et fisse Du beau parc vernissé plus pimpant qu'un joujou.
Le soleil est tombé, le salon se disperse Sur le sable rayé que dérangent les pas ; La langueur de l'azur fait prévoir une averse, Les enfants chantent. Ceux qui suivent parlent bas.
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