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1896

XXX

Robert MONTESQUIOU

O petite Adrienne, ô frêle fleur, ô flamme Tremblante, aube de vie, et germe de beauté, Que des souffles formeurs nul ne te soit ôté, O prélude d'amour, ô promesse de femme.

Secrète éclosion que caressent les airs, Que le soleil affirme et que la pluie éduque, Que le soin rajeuni de la terre caduque Te rendent tes parfums en maternels baisers.

Car ta fraîche toilette éclôt sur la pelouse Des renouveaux sans fin ; car ton rire et tes pleurs, Sa pluie et son beau temps, ne rendent pas jalouse De tes avrils humains la vanité des leurs.

Que le choral charmé de la brise marine, Vers ton rire argentin dont elle se croit sœur, A ton oreille amène, apporte à ta narine L'odeur vivifiante et le rythme berceur.

Que le rauque Océan dont la plainte déferle A tes pieds enfantins son hommage siffleur, Ajoute à ton esprit l'orient de sa perle Et le printemps secret de ses coraux en fleur.

Pour qu'en toi, comme en elle, intérieur dictame, Un floréal élu grandisse loin des yeux, Que sa grande âme infuse à ton aurore d'âme L'azur que pour ton rêve elle dérobe aux cieux.

Garant de tes vertus, et tuteur de ton charme, Que le soleil infuse à ton front qu'il dora Le rire, or de gaîté ; la pitié, fleur de larme, La rosée en ton cœur l'arrose — elle éclora.

Que l'azur traversant tes yeux qui s'en souviennent Flue au fond de ton être en onde de douceur, Cette source prodigue où d'autres âmes viennent Implorer pour leurs maux le Léthé guérisseur.

Vers un corps, vers une âme, ainsi toujours levées, Des grandeurs, des beautés leur imprimant le sceau, Les voix de la nature aiment, comme des fées, Doter un front d'enfant dans un royal berceau.

Ainsi par la langueur de l'aube, par la joie De l'éther lumineux, la bonté de l'azur Une création tout entière s'emploie A composer un lis éblouissant et pur.

Par ta mémoire intacte et docile aux empreintes, Par ton souvenir vierge, ô miroir infini, Conserve en ton cristal la trace des étreintes, De ce présent limpide à l'avenir béni.

Afin que, tout à l'heure, entre moins de lumière Si tu marches tes pas sous un jour moins rieur, Tu revives ainsi ton image première Dans le passé divin d'un ciel antérieur.

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XXX · Robert MONTESQUIOU · Poetry Cove