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1896

VIVRES

Robert MONTESQUIOU

Je hais plus, et j'aime à la fois Plus, la Nature maternelle, Et marâtre, depuis qu'en elle Il me semble entendre ta voix.

C'est peut-être que son dictame, Afin de me paraître cher, S'est élaboré de ton âme, Comme son rameau, de ta chair !

Oh ! les bourgeons, les fleurs, l'écume coralline Que la sève au printemps, verse sur les pommiers, C'est la chair et le sang des morts que vous aimiez ; Le cimetière est là, debout, sur la colline.

Ils sont dans les lilas et dans les marronniers Aux bouquets flamboyants comme des girandoles ; Ils sont dans les jasmins, dont les odeurs sont folles, C'est la chair, et le sang, des morts que vous aimiez !

Le vent prend le parfum sur son aile, et dans l'âme L'entre profondément, jusqu'à noyer le cœur, Puis murmure à l'oreille en un frisson vainqueur : « Oh ! les amours d'hier, que ton regret réclame !…,

Elles sont dans les lis et dans les citronniers Aux calices fermés comme des cassolettes ; Elles sont dans l'œillet et dans les violettes, C'est la chair et le sang des morts que vous aimiez ! »

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