Je hais plus, et j'aime à la fois
Plus, la Nature maternelle,
Et marâtre, depuis qu'en elle
Il me semble entendre ta voix.
C'est peut-être que son dictame,
Afin de me paraître cher,
S'est élaboré de ton âme,
Comme son rameau, de ta chair !
Oh ! les bourgeons, les fleurs, l'écume coralline
Que la sève au printemps, verse sur les pommiers,
C'est la chair et le sang des morts que vous aimiez ;
Le cimetière est là, debout, sur la colline.
Ils sont dans les lilas et dans les marronniers
Aux bouquets flamboyants comme des girandoles ;
Ils sont dans les jasmins, dont les odeurs sont folles,
C'est la chair, et le sang, des morts que vous aimiez !
Le vent prend le parfum sur son aile, et dans l'âme
L'entre profondément, jusqu'à noyer le cœur,
Puis murmure à l'oreille en un frisson vainqueur :
« Oh ! les amours d'hier, que ton regret réclame !…,
Elles sont dans les lis et dans les citronniers
Aux calices fermés comme des cassolettes ;
Elles sont dans l'œillet et dans les violettes,
C'est la chair et le sang des morts que vous aimiez ! »