Aux claviers ivoirins où s'enchâsse l'ébène
De votre doigté-fée accourt vers notre peine
Un rythme caressant fait d'accords singuliers
Par lesquels nos soucis se sentent dépliés.
Sur notre souvenir plein de pleurs et de pièges,
Vous effeuillez ainsi vos guirlandes d'arpèges
Et, sous un mélodique et vibrant floréal,
Rendez 'illusion du Printemps Idéal
A l'Automne entêté, que, pour une heure, chasse
L'ivoire des claviers où l'ébène s'enchâsse.
Si nous avions vécu dans le temps des Louis
Devant une assemblée aux regards éblouis,
Sous tes vastes paniers, ton teint fait pour la poudre,
Cydalise, j'aurais aimé t'entendre moudre,
Gavotte de Lulli, musette de Rameau,
Un petit air très sec, d'un geste de trumeau ;
Et, mêlant le sourire aux manières hautaines,
Toiser la compagnie en ôtant tes mitaines,
Pour faire au clavecin courir un jeu tremblant
Tout le long du clavier, alors, plus noir que blanc.