Skip to content
1896

TEMPÉ

Robert MONTESQUIOU

Je voudrais dire l'art de Puvis de Chavannes, Actuel Orcagna, moderne Gozzoli, Qui nous peint des ciels purs et des jours diaphanes Et sait d'une chlamyde harmoniser les plis.

Artiste qui transcrit l'éternel des idées En omettant leur mode et leur côté changeant, Et par qui nos laideurs un instant déridées Abdiquent le fini, sortent du contingent.

Lumières de bonheur, vertueuses vallées Qu'éclaire un astre pur chauffant sans assoiffer ; Vieillesses sans hideur, vierges échevelées D'un rayon de soleil qu'elles osent coiffer.

Jeunes hommes puissants et détournés des vices Par de salubres airs et de nobles efforts ; Une nature humaine exempte de sévices, De dégradations, de tristesses, de morts.

Saintes dans leur azur, et nymphes dans leur gloire ; Apothéose heureuse et d'où le mal s'exclut ; Le mal dont la peinture exige l'ombre noire Qui toujours à ce peintre impeccable déplut.

Les hivers y sont froids et neigeux, mais sans boue ; Les arbres y sont nus avec tranquillité ; La loi de la nature amplement s'y dénoue ; Les aïeux y sont vieux avec sérénité.

Fière panathénée, auguste théorie Dont chaque jour accroît le nombre et la beauté ; Œuvre d'art sans déchet et creuset sans scorie, A qui rien par le temps ne peut qu'être ajouté.

Je salue, en ton nom, le Maître qui te crée, Et que, du fond de l'ombre où s'endorment les maux, Les lumineuses mains d'une élite sacrée Descendent couronner de visibles rameaux.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
TEMPÉ · Robert MONTESQUIOU · Poetry Cove