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1896

SUNT LACRYMÆ HOMINUM

Robert MONTESQUIOU

Je possède un lacrymatoire plein de larmes Antiques, dans un jour de tristesse rempli. Il fait se prolonger, parmi nous, les alarmes D'un chagrin, de durer encore, enorgueilli.

Oh ! pourquoi nous avoir privés de ce mensonge Qui, sous un ciel lointain, créa l'enchantement De croire que le deuil à jamais se prolonge, Et que le pleur en lui coule éternellement ?

N'était-ce pas une magnifique chimère ; Et fut-il un plus bel éloge des sanglots : Prétendre que, sans fin, la douleur agglomère Dans un flacon léger, ses minuscules flots ?

Les voilà, sous l'iris de leurs lacrymatoires, Des yeux qui les versaient, depuis mille ans, sortis, Ces riens inconsolés, incroyables victoires, De l'amour, sur le temps, infiniment petits,

Vastes infiniment, plus grands que tout au monde, Et contenant un peu de l'espoir éternel, Parce que la douleur qui sait être profonde Console jusqu'aux morts qui ne sont pas au ciel. !

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