Je me couche sur le tapis
Du Khoraçan, et me régale
De sa bordure de lapis,
Près du fond, rose de Bengale.
Le beau tapis du Khoraçan,
Aux laines séparément teintes,
Est rose d'un rose de sang
D'oiseaux morts, de roses éteintes ;
Rose, de ce rose mignard
Des roses, l'automne, attardées ;
Et du menteur coup de poignard
Des tourterelles poignardées ;
Rose de ce rose persan
Qui paraît un corail fluide ;
Le beau tapis du Khoraçan
Étale sa splendeur humide.
Il moutonne comme une mer
Où quelque astre rose se mire ;
En des vagues couleur de chair
Que parfume une odeur de myrrhe.
Les bleuets d'azur de son tour
Lui jardinent comme une grève,
Où dans un océan d'amour
Baignent des floraisons de rêve.
Çà et là les meubles épars
Sur son remous couleur d'aurore
Parsèment comme de départs
De vaisseaux, un laineux Bosphore.
Et, de mes pas endoloris,
Aux douleurs de mon front morose,
A flots floconneux et fleuris,
Je sens affluer la mer rose.