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1896

ROSEUM MARE

Robert MONTESQUIOU

Je me couche sur le tapis Du Khoraçan, et me régale De sa bordure de lapis, Près du fond, rose de Bengale.

Le beau tapis du Khoraçan, Aux laines séparément teintes, Est rose d'un rose de sang D'oiseaux morts, de roses éteintes ;

Rose, de ce rose mignard Des roses, l'automne, attardées ; Et du menteur coup de poignard Des tourterelles poignardées ;

Rose de ce rose persan Qui paraît un corail fluide ; Le beau tapis du Khoraçan Étale sa splendeur humide.

Il moutonne comme une mer Où quelque astre rose se mire ; En des vagues couleur de chair Que parfume une odeur de myrrhe.

Les bleuets d'azur de son tour Lui jardinent comme une grève, Où dans un océan d'amour Baignent des floraisons de rêve.

Çà et là les meubles épars Sur son remous couleur d'aurore Parsèment comme de départs De vaisseaux, un laineux Bosphore.

Et, de mes pas endoloris, Aux douleurs de mon front morose, A flots floconneux et fleuris, Je sens affluer la mer rose.

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ROSEUM MARE · Robert MONTESQUIOU · Poetry Cove