Avez-vous admiré combien deux morts se suivent ?
Ceux que, sous leurs cercueils, les lourds couvercles rivent,
Quand leur bouche et leurs yeux sont clos, et se sont tus,
Ne se tiennent, hélas ! pour morts ni pour battus ;
Mais, dans le groupe, encor vivant, de la famille,
Élisent un enfant, gai garçon, douce fille
Qu'ils appellent près d'eux, adolescents et beaux,
Pour compagnon du lit glacial des tombeaux.
Alors, ainsi qu'un fruit qu'un ver détériore,
Étiole, flétrit, on voit la fraîche flore
Se pencher et sécher, se faner et jaunir,
Sous un mal incertain et sûr : il faut venir
Dans l'ombre retrouver l'Ancêtre ; il faut descendre !
Et tout ce que l'on mange a comme un goût de cendre ;
Et chaque pas qu'on fait, soutiré par des mains,
Semble prendre racine aux fentes des chemins.