Sentir, au fond de soi, trembler comme une aurore
Qui veut s'irradier, et ne luit qu'à demi ;
Comme un jardin de fleurs de feux tout près d'éclore,
Mais dont le printemps reste à jamais endormi.
Être l'arche sans fin de son propre mystère ;
Attendre, comme si l'on était éternel !
Comme si l'on avait d'autre espoir que la terre ;
Et vouloir s'envoler malgré le lest charnel.
Rire… comme s'il est de quoi, dans ce bas monde ;
Ne point pleurer des jours qui ne reviendront pas,
Ses chairs qui vont mourir, sa chevelure blonde
Et tout ce qui nous fuit, bien avant le trépas.
C'est l'Homme, involontaire apanage de l'hydre ;
Assez distrait et vain pour savoir oublier
Qu'il entend, sans retour, s'égoutter sa clepsydre,
Et s'écouler le grain de son seul sablier.
C'est l'Homme, que pour fou l'existence démontre
Puisqu'il suit avec calme, en ses frêles défis,
L'heure, sur le cadran de la fragile montre
Qui tient sa dernière heure, et celle de ses fils.
C'est l'Homme, que de l'Être un seul instant déloge
Qui, d'une aiguille exacte imprudent tenancier,
Voit au long de ce fil tendu sur une horloge
Son destin près de choir, avec son balancier.
C'est l'Homme, le jouet de la dextre divine ;
Toujours mystifié, comme toujours surpris ;
Qui de sotte espérance éternelle s'avine ;
Et meurt sans se connaître, et sans avoir compris !