On aura dit du mal de moi ; J'en ai fait moins — et plus encore. Qu'importe, si quelqu'un eut foi Dans le futur de mon aurore ?
J'accomplis un travail serein En abeille mystérieuse, Qui, voulant faire un miel d'airain, Est sérieuse, et sourieuse.
On en dit quelque bien moins haut ; Mais — ceci fut ma récompense : Le bien n'est pas celui qu'il faut ; Le mal n'est pas celui qu'on pense.
Que l'avenir me soit vermeil De quelques précieuses laudes, Je verrai venir ce Soleil Au travers de ces émeraudes…
Espérance au vert non pareil ! Dire du mal de moi, c'est surérogatoire ; D'autres s'en chargeront ! Mais de quelque bien fait, plus subtil que notoire,
Est-ce qu'ils parleront ? Et pourtant j'eusse aimé que l'on m'aimât… peut-être L'avais-je mérité… Mais qui donc se retourne, en somme, vers le prêtre
D'un oracle abrité ? Pourtant l'heure viendra, car toujours elle sonne A qui fit son devoir ; De ceux qui m'ont connu restera-t-il personne
Pour l'entendre, et la voir ? La répercussion des mots au fond des âmes Vraiment rien n'est plus beau ; Quel autre embaumement peut valoir ces dictames,
Aux morts, dans le tombeau ? Si mes vers m'attiraient des tendresses posthumes, De frères et de fils, Qui les admireraient comme de beaux costumes
Dont on compte les fils ; Des frères, des élus, des servants, des apôtres, Des amantes, des sœurs, Désireux d'attester, à la clarté des nôtres,
Leurs forces, leurs douceurs. S'ils disaient : « C'était Lui !… » me dédiant leurs flammes Et m'offrant leur émoi… Du fond de l'Infini, me penchant sur leurs âmes.
Je dirai : « C'était Moi !» Ceux que mon vers fera rêver, Mon vers aux facettes multiples, M'aimeront, et sauront sauver
Mon souvenir, amis, disciples. Ils diront : « Il était ainsi… » Et contempleront les images Où quelque chose fut saisi
Du sourire de mes orages. Mes poèmes leur seront chers, Comme des parfums dans une urne ;. Sur ces bleus Hortensias clairs,
Mes Chauves-souris , chœur nocturne. Alors seulement aura lieu La diversité de mon geste, Qui, s'auréolant d'un doux feu,
Se déroulera comme un ceste. Mon âme aromatisera De tendres âmes pour moi faites, Auxquelles mon art tissera
L'art prédestiné de ses fêtes. Et mon espoir déjà jouit, Dans la récompense qu'il pèse, De cet amour, qui l'éblouit,
Sur ces fronts à venir, qu'il baise ! Car c'est le mystère Du seuil de la Terre Que ce réveil bleu
De notre œuvre lente Dans une âme ardente Qui couve son feu : Dans l'amour pensive
Et compréhensive Qui goûte à nos miels, Et qui doit, ravie, Consumer sa vie
Devant nos autels. Éclosion pure, Transmission sûre, Testament sacré
Sans verbe et sans acte, Et, par le seul pacte, Du seul vers nacré ; Du vers qui s'achève
En nous, et se lève Sur ces fronts élus, Quand notre dépouille, Au sol qui la souille,
Rien n'est déjà plus. Palingénésie De la Poésie En un autre esprit,
Qui la ressuscite, Et,qu'elle visite, Et qui lui sourit. Tendre Apothéose
Qui métamorphose En félicité La douleur passée, Déjà nuancée
D'Immortalité !
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