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1896

REGINA

Robert MONTESQUIOU

Pour avertir, au seuil de cette Poésie, J'y place, de mes mains, une Idole choisie, Aux clairs yeux retroussés dans l'ovale aminci, Comme on en voit au front des femmes de Vinci.

Elle porte une lyre où palpitent mes nombres ; Et, pour symboliser leurs voix claires ou sombres, Ce sont deux cygnes, l'un, candide, et, l'autre, obscur, Dont le col sert de branche à l'instrument d'azur ;

Pour que la rareté de ce prélude insigne Qui fixe dans le temps l'heure du chant du cygne, Fasse éternellement, et sourire, et souffrir, D'un accent dont le charme est de toujours mourir.

Pour dire sa lumière, elle n'a d'auréole Que l'orbe de la Lune où rayonne son front ; Comme une abeille d'or, au cœur d'une alvéole, Une chauve-souris, autour, volète en rond.

En hortensias bleus elle est toute coiffée, Que, sur le champ du rêve, en foule, elle a conquis ; Parce que du mystère elle est tout assoiffée, Du suave, au subtil, de l'étrange à l'exquis.

Et la voilà, dans l'art de la pâle couronne Où la Lune oublia de ses rayons frileux, Qui donne à s'envoler aux essors nébuleux De la chauve-souris dont l'aile l'environne,

Et donne à s'effeuiller aux Hortensias Bleus.

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REGINA · Robert MONTESQUIOU · Poetry Cove