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1896

QUIA PULVIS

Robert MONTESQUIOU

Surtout point d'inhumation ! Si je meurs, quelque jour, j'exige Une ardente crémation Sans résidus et sans vestige.

Plutôt qu'un squelette frileux Qui cliquette au vent et qui claque, Je veux être quelques grains bleus, Dans l'or d'une boîte de laque.

La fine cendre que sera Faite mon âme purpurine, Voluptueuse glissera Sur des plages d'aventurine,

Afin que, projets à projets, Poudre à poudre, et gouttes à gouttes, Se mêle à l'âme des objets Mon âme qui l'aime entre toutes.

Or, un après-midi d'avril Où l'atmosphère est molle et moite, Où la feuille est couleur béryl, Vous prendrez avec vous la boîte

En laquelle ce que je fus De réalités et de rêves, Se mêle aux horizons confus De quelques fantaisistes grèves.

Puis il faudra que vous suiviez Le sentier blanc où nulle brise Ne taquine des oliviers La verdure hachée et grise.

Vous monterez sous le soleil Jusqu'au sommet de la montagne, Qui, chaque jour, jamais pareil, Se montre aux yeux de la campagne.

Là, vous ouvrirez le coffret Où, de ma chair et de mon âme, Ce qui demeure est encor prêt A se pâmer sur un dictame.

Et vous lancerez dans l'air bleu Tout ce qui reste de ma cendre Que vous laisserez peu à peu Sur les fleurettes redescendre.

Et le passant qui, ce jour-là, Viendra cueillir, pour son amie, Le bouquet sur lequel vola Mon inquiétude endormie,

Se dira que les chemins blonds Ont laissé, dans l'heure dernière, S'élever du creux des vallons Un peu plus de triste poussière !

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