Faut-il, hélas ! que tout périsse ? Où vont les rubans de nourrice Quand c'est fini des nourrissons ? Ces rubans au vol long et large
Qui semblent d'un navire au large Les voiles pleines de frissons. Ces rubans qui font irisées Les terres des Champs-Élysées
Dont le banc aime à s'en fleurir ; Et qu'on voit en folles couronnes, Autour du front des Beauceronnes, Et des Bourguignotes courir.
Ces rubans dont les exégèses Sont, par les loueuses de chaises, Refaites de coques en plis ; Et que les vendeuses d'oublies.
De réminiscences remplies, Sauront préserver de l'oubli. Ces rubans formant des coiffures Qui semblent pleines de levures
Et paraissent un chapiteau ; Ruchés pots-pourris éclectiques Dont les compromis esthétiques Errent du hennin au gâteau.
Ces rubans arrangés en tourte, Dont la comète semble courte Quand elle s'éteint sur le sol ; Et qui déterminent les castes
Par ombelles plus ou moins vastes Du champignon au parasol. Ces rubans, par flots, par orgie Sans nom, sans étymologie,
Sans précédent et sans raison. Que la payse s'évertue A porter, comme une tortue Porte sur son dos sa maison.
Ces rubans dont la résultante Sans doute est d'étendre une tente Portative, un toit vermillon Sur. le nez du bébé qui tette,
A l'abri du kiosque-tête De sa nourrice-pavillon. Ces rubans, couleur confiture, Par qui l'accident de voiture
Est quelquefois déterminé, Mais que l'on voit sur un refuge Surnager, ainsi qu'un déluge Est par une arche dominé.
Ce ruban qui prend à l'élytre, Au fez, au turban, à la mitre, A la tiare, au pschent doré, Pour en faire ce bonnet vôtre,
Le bonnet rond, rond comme l'autre, Le bonnet carré fut carré. Ces rubans, qu'à cela ne tienne, Qui font travailler Saint-Étienne
Et des légions de canuts Dont le cœur, rempli d'anathème Pour tes patronnes, au moins t'aime O troupeau de reines Canuts.
Car, hélas ! un jour, si, traîtresses, A l'exemple de vos maîtresses Qui désertent par million, Pour une mode qui nous lèse
Et donne des faux airs d'Anglaise Aux dames même de Lyon ! Comme ces mamans rien-qui-vaille, Si vous reniez soie et faille,
Nous, métiers, que deviendrons-nous Quand vous trouverez surannées Vos caboches enrubannées, Qui nous nourrissent, ô nounous ?
Mais quand elles vont vers leurs chaumes Redemander à d'autres mômes De quoi retourner à Paris, Que font dans l'ennui de l'armoire
Ces rubans de soie et de moire Qui ressemblaient à des paris ? Car elles remportent par aunes, Par empans, par pans et par zones,
De ces rubans désorbités, Par stades, milles, verstes, lieues Roses, lilas, jaunes et bleues, Spectres solaires débités.
Mais, pour une autre nourriture, Quand elles vont donner pâture A de petits Lutéciens, Jamais leur chef ne rapatrie
Au cher Palais de l'Industrie Les diadèmes anciens. Et, définitivement sèches, Quand au foyer, revêches, rèches,
Ramenant de nouveaux rubans Bons à faire mourir d'envie, Elles viennent finir leur vie Au pas des portes, sur leurs bancs ;
Lorsque, porteuses de cagnottes. Beauceronnes et Bourguignotes S'en retournent vers leur pays, Quel est le sort des bandeaux amples
Qui s'élevaient comme des temples Devant nos regards ébahis ? Bandeaux qui sur les pèlerines Épanchaient leurs fleurs purpurines ;
De tous les feux, de tous les tons, Et dont aimaient l'ardeur qui bouge Les débitants de ballon rouge De cerceaux et de mirlitons.
Jamais plus, pour aucuns dimanches, Rien n'en palpite sur leurs manches Ni sur celles de leur marmot ; C'est affaire entre elle et leur coffre,
Et Dieu lui-même, à qui je l'offre, N'est pas du secret de ce mot. A moins que, gardant pour la pierre Et la nuit du fond de leur bière
La bandelette aux tours soyeux, Le Seigneur bon n'ait fait des limbes Pour l'éternité de ces nimbes Dérisoires, fous et joyeux !
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