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1896

PORTÉES

Robert MONTESQUIOU

Dans le chemin de fer aux rouages stridents, Qui fait un bruit de pleurs, de grincements de dents, Mon esprit affranchi des entraves physiques Oppose savamment aux sinistres musiques

Qu'une plainte funèbre arrache à nos wagons, La plaine musicale aux silences féconds. Par la portière étroite, un fil de télégraphe Règle les cieux, papier de musique ; un paraphe

De branches qui, naguère, offrit son parasol A présent dégarni, trace des clefs de sol Et de fa, que le site, où vibre une harmonie, Fait suivre de son lied ou de sa symphonie.

Gavotte de Lulli, Musette de Bameau, Où l'herbe a sa partie à côté du rameau ; La Romance du Saule auprès du Roi des Aulnes ; L'automne joue un peu de son prélude en jaunes,

Les Feuilles Morte s, valse apprise avec brio ; Et le cyprès y mêle un oratorio. Entre les fils de fer espacés, la mesure Se rythme, triste ou gaie, édifice ou masure.

Note noire, hirondelle, ou bien blanche, ramier ; Le trémolo du tremble, et l'orme et le cormier, L'étang, le pré, le mont, la forêt et la roche : Double, triple, quadruple et septantuple croche !

Puis l'onde entre ces traits aux courbes de hamac, Vient à son tour chanter la romance du Lac ; Cependant qu'à la nuit, murmures et corolles, Entonnent de doux lieds, romances sans paroles

Où, graduellement, on entend s'assoupir Le flot et la forêt, et silence, et soupir…

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