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1896

MINET

Robert MONTESQUIOU

La belle Olympia de Manet dans son cadre Est un objet d'art rare, et je dirai comment ; Bizarre, étrange, avec je ne sais quoi de ladre Qui ne compose pas son moins acre piment.

Laide pour le passant, et belle pour soi-même, Ses amis, ses amants,. et ses admirateurs ; Et n'aimant se sentir aimer que par qui l'aime Et se fait un devoir de haïr les fadeurs.

Elle repousse, puis attire, puis fascine, Captive ensuite, enfin séduit ; quelle noirceur, (De la noirceur du noir d'une mouche assassine) Sort de ces bruns mêlés à cette aigre blancheur ?

Morceau plein de santé dans la facture libre, Et sur un thème grêle exécuté gaîment ; Antithèse troublante, où l'on entend qui vibre La plainte de la vie au cœur de l'instrument.

La plainte du chétif, du gris, du périssable S'exprimant par le fort, le juste et le puissant ; Et dont l'allégorie est dans ce grain de sable Qu'il faut au violon pour qu'il soit gémissant.

Vivez Olympia sur vos crêpes de Chine Qu'un plumetis contourne, avec, décapité, Votre chef détesté, séparé de l'échine Par un fin velours noir maigrement débité.

Merci pour vos parfums de vinaigre maussade, Votre mule immodeste et cet ageratum Qu'une négresse, là, par le marquis de Sade Placée à vos côtés, vous offre en post-scriptum.

Avec, par ce chat noir qui se bombe et miaule, Symbolisé, l'effroi que vous inspirerez A ceux, dont, pour jamais, le mandat et le rôle Sont de ne rien entendre aux versets inspirés.

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