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1896

LOULOUPS

Robert MONTESQUIOU

Les enfants ont peur des loups : Les loups, c'est toutes les choses Qui vont à pas de veloux Sur le seuil des nuits mal closes.

Toutes les choses qui vont Et viennent dans les pénombres… Il pleut des loups, il en fond Sans bruit, sans bornes, sans nombres.

Quand la veilleuse s'éteint, L'enfant, du lit de dentelle, Voit que l'ombre qui l'atteint Des yeux des loups se constelle.

Ce sont tous les loups dispos D'un bestiaire de bonne, Qui les tire, à tous propos, Pour que l'enfance soit bonne.

Si l'on n'est pas sage, un loup ! Deux loups, si l'on manque un tilde ; Les loups du bois de Saint-Cloud Et ceux de Sainte-Clotilde.

Mais des loups bien plus bistors Que les loups des Tuileries, Sont les loups des corridors, Des chambres, des galeries !

Les loups du fond des placards, De la commode et du coffre, Que, pour les moindres écarts, A l'enfant soudain l'on offre.

Les loups du bord des tiroirs, Les loups du fond des armoires, Les loups du tain des miroirs, Les loups du sein des mémoires.

Tous ces loups mystérieux Que l'enfance aime et redoute ; Dont l'effroi mi-sérieux Sans fin laisse dans le doute.

Tous ces loups de peu, de prou Et sur lesquels plane et bouge L'ombre du Grand Loup-Garou Du Petit Chaperon Rouge.

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