Les enfants ont peur des loups :
Les loups, c'est toutes les choses
Qui vont à pas de veloux
Sur le seuil des nuits mal closes.
Toutes les choses qui vont
Et viennent dans les pénombres…
Il pleut des loups, il en fond
Sans bruit, sans bornes, sans nombres.
Quand la veilleuse s'éteint,
L'enfant, du lit de dentelle,
Voit que l'ombre qui l'atteint
Des yeux des loups se constelle.
Ce sont tous les loups dispos
D'un bestiaire de bonne,
Qui les tire, à tous propos,
Pour que l'enfance soit bonne.
Si l'on n'est pas sage, un loup !
Deux loups, si l'on manque un tilde ;
Les loups du bois de Saint-Cloud
Et ceux de Sainte-Clotilde.
Mais des loups bien plus bistors
Que les loups des Tuileries,
Sont les loups des corridors,
Des chambres, des galeries !
Les loups du fond des placards,
De la commode et du coffre,
Que, pour les moindres écarts,
A l'enfant soudain l'on offre.
Les loups du bord des tiroirs,
Les loups du fond des armoires,
Les loups du tain des miroirs,
Les loups du sein des mémoires.
Tous ces loups mystérieux
Que l'enfance aime et redoute ;
Dont l'effroi mi-sérieux
Sans fin laisse dans le doute.
Tous ces loups de peu, de prou
Et sur lesquels plane et bouge
L'ombre du Grand Loup-Garou
Du Petit Chaperon Rouge.