L'Automne est jumeau,
L'Automne est double ;
Cuivre et chalumeau,
Il charme et trouble.
Topaze et béryl,
Il se gémine ;
Tout d'abord viril,
Il s'effémine.
L'Automne est sanglant,
L'Automne est rousse ;
L'Automne est troublant,
L'Automne est douce.
L'un a la rougeur,
L'autre est neigeuse ;
L'un étant vengeur,
L'autre est songeuse.
Il cesse, odieux ;
Elle, s'achève ;
Il est plein d'adieux,
Elle, de rêve.
Il est tout accent,
Elle est tout charmes ;
Il pleure du sang,
Elle, des larmes.
Les jours révolus
Vont-ils renaître ?
Il dit : « jamais plus ! »
Elle : « peut-être ! »
Des rêves ailés,
Et de l'étoile,
S'ils sont envolés,
Qu'elle se voile,
Que restera-t-il
Dans l'âme grave,
Quoi de bien subtil,
De bien suave ?
Des amours finis,
Qu'est-ce qui tombe ?,..
— Elle court aux nids ;
Lui, sur la tombe.
Elle, dans les fleurs,
Lui, dans les brumes,
Trouvent, l'un des pleurs ;
L'autre, des plumes,
Je vous aime et crains,
Trouble, accalmie,
Automnes chagrins
Automne amie.