Dans un parc du Midi, superbe et solitaire, Ils s'étaient rencontrés pour la première fois, Et, des branchages nus, le transparent mystère, N'abritait qu'à demi leurs défaillantes voix.
Il était triste et pâle, elle était pâle et triste ; Ils avaient tous les deux à vivre peu de jours ; Mais (telle l'espérance éperdûment persiste) Près de se séparer, ils se disaient : toujours !
Or, elle, chaque fois, le retrouvant plus pâle, Tout bas s'inquiétait, cependant que, tout seul, Lui se troublait de voir la nuance d'opale Du teint de son amie, approcher du linceul.
Entre les talus bruns de vieilles feuilles mortes Que tacheté la baie incarnate des houx, Côte à côte ils marchaient ; et des paroles fortes Ne résultaient jamais de leurs sourires doux.
A travers les réseaux de toile d'araignée Dont les rameaux chenus treillissent l'horizon, Ils regardaient les monts et la plaine baignée D'ombre, comme à travers des barreaux de prison.
Côte à côte ils marchaient comme une ombre jumelle. Et leurs pas sur le sol ne faisaient aucun bruit ; Sous l'interdiction invisible et formelle, Fleurissait leur amour qui n'aurait point de fruit.
Fleur de leur passion, dolente passiflore Au calice rempli d'épines et de clous, Et dont l'éclosion ne saura leur éclore Que les instruments vains de leurs supplices flous.
Côte à côte ils allaient ainsi qu'une ombre double ; Des tertres effleurés nul brin ne remuait ; Et les promeneurs gais se dérobaient au trouble Du spectral rendez-vous de ce couple muet.
Au bruit des gaves fous des blanches Pyrénées Dont les rideaux lointains s'éteignent, nuancés, Dans leurs cœurs, des ardeurs mystiques étaient nées ; Et, sans s'être dit mot, ils étaient fiancés.
Mais ils avaient compté sans la Mort, leur hôtesse. Marieuse inflexible aux lugubres recueils ; Et, le jour de la noce, ô l'étrange tristesse ! On ne vit, à l'église, entrer que deux cercueils.
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