La petite Adrienne, amoureuse des ailes
Que réveille l'aurore, et porte le zéphir,
S'en va faire la chasse aux vertes demoiselles,
Aux papillons de flamme, aux mouches de saphir.
A l'épingle d'acier qui pique et qui mutile
Leur brillante agonie en un tombeau vitré,
C'est vous qu'elle promet, floraison volatile,
Qui semble par les airs éparpiller le pré.
Mais en vain le filet abat, pose et relève
Sa délicate geôle éprise de couleurs,
L'insecte qu'elle vise, aussi léger qu'un rêve,
S'échappe, et la prison n'a rien pris, que des fleurs.
Enfant, écoute-moi, renonce à ce vain piège ;
Assieds-toi, toute belle, au milieu du chemin :
Le papillon viendra se poser sur la neige
De ta jupe, et goûter aux roses de ta main.
Fais, de ta chevelure, un filet plus perfide ;
Il est de filigrane et d'or : feins de dormir ;
La libellule bleue, et de reflets avide,
S'y prendra toute seule, et n'en voudra plus fuir.
Et tous ces vols craintifs qui narguaient ta poursuite,
Se laisseront séduire à ton appât coquet ;
Tu croiras être fleur, sous l'essaim qui palpite,
Et tu te sentiras, pour une heure, un bouquet.