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1896

EUCHARIS

Robert MONTESQUIOU

Mille petites filles, Mille petits garçons ; Beaucoup de mousseline, Beaucoup de drap d'Elbeuf.

Des glands d'argent qui pendent Sous les sacs à mouchoirs ; Et des franges dorées, Aux brassards des gamins.

Et les cierges de cire Historiée, avec Le manche en velours rouge, Bordé d'effilé d'or.

Des figures pâlottes De se trouver à jeun ; Des anges qui n'éprouvent Qu'un grand mal d'estomac.

Monsieur le Curé même Qui, pour les honorer, Dit la messe en chasuble De Poussielgue ou Biais,

A l'autel faux-gothique, Dont le faux byzantin Reluit de fausses pierres, En toute vérité.

Les dames en toilette, Et le vieux général Dont la poitrine flambe De décorations.

Tout le monde l'admire ; Lui, modestement fier, Pense un peu tout de même Honorer Jéhovah.

« Seigneur, qui donc est digne, De vous avoir en soi ? Dites une parole , Les cœurs seront guéris. »

Les lèvres sont ouvertes, Les regards sont levés ; Mais les enfants s'étonnent De n'avoir rien senti.

Puis c'est le tour des mères, En chapeaux violets, Relevant leurs voilettes Et qui comprennent mieux.

La cérémonie faite , Chacun s'en fut luncher ; Les unes en calèche, D'autres en omnibus.

Les riches qui retrouvent, Au salon de maman, Une table couverte De cent cadeaux bénits :

Trente fois la Journée Et l'Imitation ; Et toujours une montre ; Les pauvrettes n'ont rien.

Mais elles sont contentes De promener leur blanc Sur les impériales Et sur les boulevards.

Et ce clair qui circule, Tout le jour, sur Paris, A l'âme de la rue Rend un peu de candeur.

Mille petites filles, Mille petits garçons ; Beaucoup de mousseline, Beaucoup de drap d'Elbeuf.

Des glands d'argent qui pendent Sous les sacs à mouchoirs ; Et des franges dorées, Aux brassards des gamins.

Et les cierges de cire Historiée, avec Le manche en velours rouge, Bordé d'effilé d'or.

Des figures pâlottes De se trouver à jeun ; Des anges qui n'éprouvent Qu'un grand mal d'estomac.

Monsieur le Curé même Qui, pour les honorer, Dit la messe en chasuble De Poussielgue ou Biais,

A l'autel faux-gothique, Dont le faux byzantin Reluit de fausses pierres, En toute vérité.

Les dames en toilette, Et le vieux général Dont la poitrine flambe De décorations.

Tout le monde l'admire ; Lui, modestement fier, Pense un peu tout de même Honorer Jéhovah.

« Seigneur, qui donc est digne, De vous avoir en soi ? Dites une parole , Les cœurs seront guéris. »

Les lèvres sont ouvertes, Les regards sont levés ; Mais les enfants s'étonnent De n'avoir rien senti.

Puis c'est le tour des mères, En chapeaux violets, Relevant leurs voilettes Et qui comprennent mieux.

La cérémonie faite , Chacun s'en fut luncher ; Les unes en calèche, D'autres en omnibus.

Les riches qui retrouvent, Au salon de maman, Une table couverte De cent cadeaux bénits :

Trente fois la Journée Et l'Imitation ; Et toujours une montre ; Les pauvrettes n'ont rien.

Mais elles sont contentes De promener leur blanc Sur les impériales Et sur les boulevards.

Et ce clair qui circule, Tout le jour, sur Paris, A l'âme de la rue Rend un peu de candeur.

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