Je n'ai que peu d'amour pour les choses qui durent.
J'ai longuement chéri jadis celles qui furent ;
Ce que j'aime, à présent, c'est la chose qui meurt,
Et qui semble, sans fin, frissonner sous un heurt.
Ce que j'aime, c'est, las de la chose qui semble
Assurée et hautaine, une chose qui tremble ;
Et la forme domptant mon infidélité
Est celle à qui m'attache une fragilité.
Les beaux vases meurtris dont un souffle, on le pense,
Va disperser les Mais épandus sur leur panse,
Et faire, dans l'instant, voler de toutes parts
Un frêle émiettement de mandarins épars,
De lotus effeuillés et de presle brisée
Que voilait leur couverte ainsi qu'une rosée !
Les jeunesses qu'on, voit dans les tièdes climats,
Et dont les pâles chairs paraissent des amas
Pétris de flocon vierge ; ivoires de chlorose
Que la danse parfois, comme un pétale, rose
D'un peu de sang, qu'il faut aller prendre à leur cœur ;
Et que la mort, parfois, d'un coup d'archet moqueur.
Invite dans le bal, les trouvant toutes prêtes.
Ce que j'aime, c'est la fuite, le long des crêtes,
De ce rêve, qui va s'éteindre à tout moment,
Tellement qu'on dirait qu'il cesse incessamment ;
Avec, en cet adieu d'éternelle agonie,
La prolongation d'une extase finie.
La lente extinction d'une aurore qui point ;
Et ce qui pourrait être, et qui ne sera point !