Skip to content
1896

CXLVIII

Robert MONTESQUIOU

Le gentil petit trépassé N'est ni déplacé, ni timide, Dans le grand Ciel où l'a passé La porte du sépulcre humide.

Tous ces charmants petits défunts, Dont la tombe est l'ombre première, Cueillent des soleils de parfums Et sentent des fleurs de lumière.

Tous ces aimables petits morts Dont Dieu rajeunit ses phalanges, N'ayant point connu les remords, Font connaissance avec les Anges.

Au fond des Cieux épanouis On leur montre, au bord des balustres, Les feux d'artifice inouïs Des constellations, ces lustres.

Ils regardent, sans s'étonner, Des archivoltes aux pilastres, Gracieusement festonner Les mille astragales des astres.

Ce sont des roses de rubis, Des pâquerettes d'escarboucles. Que le ciel, en robe lapis, Met dans les comètes, ses boucles.

Le firmament échevelé Plein de miracles et de myrrhes, Dans sa splendeur s'est révélé, Petit mort, pour que tu l'admires.

Il est soucieux de ton choix Et regarde, dans tes yeux pâles, Se refléter le vol grégeois De ses étincelles d'opales.

Et ce n'est que voûtes de feu, Incandescentes galeries S'irradiant dans l'éther bleu, Petit mort, pour que tu souries.

Car, dans un écrit immortel, Swedenborg le rapporte au Monde : « Les enfants, dit-il, troupe blonde, Sont une grande part du Ciel. »

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
CXLVIII · Robert MONTESQUIOU · Poetry Cove