Chaque soir, en des lits, nos fatigues s'allongent ;
Le drap, et le sommeil, font leur rigide pli
Sur l'âme et sur le corps ; et les rêves replongent
Dans l'Infini, l'idée, et, les maux, dans l'oubli.
Comme un appartement enfermé qu'on ventile,
Le somme ouvre la porte et la vitre du lieu ;
Et l'esprit, que le songe en l'espace distille,
En élevant son vol ose effleurer son Dieu.
De là ce duel rude où le matin convie
Nos dégoûts empirés et nos muscles meilleurs ;
Les membres retrempés, amoureux de la vie,
Tirent sur l'âme, encor nostalgique d'ailleurs.
Elle, en permission, en congé de vacance,
Discute le réveil, allonge son permis,
Tire sur son lien, et, quand moins on y pense,
Prépare des trépas qui meurent endormis.
La veille, brisement immense, hallali sombre
Des membres harassés, l'espoir sonne du cor,
Sous l'âpre lassitude où le courage sombre ;
Les nerfs disent : assez ! et le cœur crie : encor !
Mais, l'âme fait là-haut l'école buissonnière,
En des buissons ardents faits d'astres chevelus ;
L'effort renouvelé la rappelle en l'ornière ;
Le corps veut bien revivre ; elle, ne le veut plus.
Tel, sous le drap qui semble un linceul de passage,
L'Humanité s'exerce à souffler son flambeau ;
Notre décès futur fait son apprentissage ;
Et l'homme, chaque nuit, se mesure au tombeau.