Or, ils sont endormis en rond sur le tapis ; Et, parmi les rinceaux de rubis, de lapis, Sursautent à des bruits qui sous leur front s'achèvent… — Quand ils ne chassent plus, les vieux lévriers rêvent.
Ce sont des horizons parcourus, des vitesses Vertigineuses ; — des pays, sous leurs sveltesses, Tout entiers écoulés en l'effort de trois bonds ; Une mémoire — ainsi que des bulles qui crèvent.
Des jours de la jeunesse élastiques et bons… — Quand ils ne chassent plus, les vieux lévriers rêvent. De la rapidité toujours, et de l'espace Dévoré ; — la campagne invisible qui passe
Sous la souplesse fine et leste des jarrets : Des astres languissants et des feux qui se lèvent, Aux deux bouts d'une course ardente et sans arrêts… — Quand ils ne chassent plus, les vieux lévriers rêvent.
Du soleil qui se lève au soleil qui se couche, Des ivresses de vivre et de fendre une couche D'air qu'embaument tantôt les menthes et le thym ; Une vélocité qu'aucuns soucis ne grèvent,
Des pervenches du soir aux roses du matin… — Quand ils ne chassent plus, les vieux lévriers rêvent. Le printemps et sa fleur-étoile blanche et rose ; L'été que la moisson de messidor arrose ;
L'automne aux feuilles d'or, qui deviennent de sang, Et que des tourbillons de vent tiède soulèvent ; L'hiver, et son linceul de neige qui descend… — Quand ils ne chassent plus, les vieux lévriers rêvent.
Les amours, — les départs à deux sous le nocturne Que la lune aux flots bleus épanche de son urne ; Les ébats prolongés jusqu'aux chants matineux, Et les retours, et les chutes qui se relèvent,
Parmi les clairs abois des cous libres de nœuds… — Quand ils ne chassent plus, les vieux lévriers rêvent. Et tout cela renaît sous les fleurs du tapis Où parmi les rinceaux de rubis, de lapis,
Ils sursautent aux bruits qui sous leur front s'achèvent… — Quand ils ne chassent plus, les vieux lévriers rêvent.
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