Les vrais trépassés et les sûrs défunts
Sont ceux qu'on oublie ;
Ceux qui n'ont ni pleurs, ni fleurs, ni parfums,
Sur leur croix qui plie.
Les autres sont là, réels et présents,
Aux foyers, aux tables ;
Mais la mort des morts, l'oubli des absents
Sont épouvantables !
Les autres sont là, car on parle d'eux,
Devant leurs images ;
Mais les délaissés, qu'ils sont malheureux !
Qu'ils ont de dommages !
Tombeaux oubliés, marbres entamés,
Dalles défleuries,
Titres effacés, terrains réclamés,
Mémoires meurtries.
Donc, si vous craignez l'improbation
Du seuil par le spectre,
N'oubliez jamais la libation
D'Oreste et d'Électre,
Car de votre rire, ils seront blessés,
Sous leur croix qui plie,
Les seuls vrais défunts, les seuls trépassés,
Ceux que l'on oublie !