Le front pareil au front de Psyché de Capoue Purement étalait son modelé serein ; Avec, autour, l'anneau de nattes qui se noue, Sur le blanc du Paros tressant un blond d'airain ;
Au point, que, sous le doigt de l'ange noir qui tue, Et dont le geste glace, et dont l'étreinte mord, On pensait voir, plutôt, s'étendre une statue, Un marbre qui sommeille, un albâtre qui dort.
Païenne par la forme et sainte par la flamme ; Ange par le regard, déesse par les yeux ; Minerve par le front, et Maria par l'âme ; A demi de l'Olympe, à moitié dans les cieux.
Le vol harmonieux des mains spirituelles Qui faisaient résonner l'âme des clavecins, Sous tes gestes raidis, garderont, virtuelles, Les chansons, dans leurs doigts, encloses par essaims.
Hélas ! c'en est donc fait des extases divines Que versait le doigté mélodique et subtil Des phalanges, aussi candides, aussi fines Que des lys dont le rythme eût été le pistil.
Mais non ; l'œil de l'esprit qui vite se dessille Te voit remplir aux cieux un office pareil, Où tu vas alterner avec Sainte Cécile Sur le clavier divin des rayons du soleil !
Tu me pardonneras peut-être ma faiblesse Toi qui, dans ce vil monde, étais la pureté, En jugeant ce que m'a conféré de noblesse La compréhension de toute ta clarté.
Tu fus Celle qui passe, incorruptible et pure, Parmi le groupe affreux des laideurs d'ici-bas, Que ta candeur voilait comme d'une guipure ; Et qui, ne faisant pas le mal, n'y croyait pas.
C'est ainsi qu'observant ta mort qui m'intimide, Et qui pèse d'en haut notre fragilité, J'ai senti sur mon front, de ton regard humide, S'épandre encor l'absoute et couler la bonté.
Un mot encor pour toi, Muse à la fois et Sainte, Que de tes cheveux blonds je revois toujours ceinte Sous ton profil de vierge, et ton air étoilé Que pas un seul oubli, dans nos cœurs, n'a voilé.
Diadème natté de tes deux nobles tresses Qu'on aimait contempler dans les jours de détresses, Ébauchant ici-bas l'auréole d'or pur Dont ton front aujourd'hui se nimbe, dans l'azur,
Pour ta candeur, gardée au milieu de nos fanges, Par-dessus les berceaux de tes fils, et leurs langes : Prorogée au delà de la maternité, Et rapportée entière à ton éternité.
Elle n'eût pas aimé vous voir sans fin morose : Elle n'eût pas voulu nous voir toujours pleurer ; Elle savait que c'est le devoir d'une rose D'être rose ; et la loi d'un astre, d'éclairer.
Comme elle connaissait que le regret empire La vie, assez déjà triste sans qu'il advint ; Je crois qu'elle eut rêvé que d'Elle on se souvînt Ainsi que d'une fleur cueillie, et qu'on respire.
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