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1896

CHÉRUBINE

Robert MONTESQUIOU

Donc vous avez perdu votre petite fille A la parole douce, au visage charmant ; Pure comme une fleur, comme un oiseau gentille, Et dont le cœur savait embaumer, en aimant.

Car elle était la plante à la sève de vie Qui parfumait les bords du chemin de vos jours ; Mais Dieu l'a respirée, et suave, ravie Aux longs enchantements de futures amours.

Et, nous ne recueillons dans nos mémoires, d'Elle, Qu'un souvenir plus frais, plus fin, plus radieux Que l'or qu'un papillon laisse encor de son aile Au jasmin qui se fane en un livre pieux.

Elle était ici-bas un pur lys étoilé Dont un si fort parfum montait vers le ciel vaste Qu'au monde il jalousa cette corolle chaste Et rappela vers lui son pétale envolé.

L'ange à présent qu'elle est dans la joie éternelle Des pétales repris compose son vol pur ; Ainsi tombent sur nous des plumes de son aile, Comme, eux, ils s'enfuyaient naguère vers l'azur.

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