Donc vous avez perdu votre petite fille
A la parole douce, au visage charmant ;
Pure comme une fleur, comme un oiseau gentille,
Et dont le cœur savait embaumer, en aimant.
Car elle était la plante à la sève de vie
Qui parfumait les bords du chemin de vos jours ;
Mais Dieu l'a respirée, et suave, ravie
Aux longs enchantements de futures amours.
Et, nous ne recueillons dans nos mémoires, d'Elle,
Qu'un souvenir plus frais, plus fin, plus radieux
Que l'or qu'un papillon laisse encor de son aile
Au jasmin qui se fane en un livre pieux.
Elle était ici-bas un pur lys étoilé
Dont un si fort parfum montait vers le ciel vaste
Qu'au monde il jalousa cette corolle chaste
Et rappela vers lui son pétale envolé.
L'ange à présent qu'elle est dans la joie éternelle
Des pétales repris compose son vol pur ;
Ainsi tombent sur nous des plumes de son aile,
Comme, eux, ils s'enfuyaient naguère vers l'azur.