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1896

CHAIR FRAÎCHE

Robert MONTESQUIOU

Fi du mourant usé ! Fi du défunt avare Ne donnant à la Mort que l'ombre de leur moi ! Ce n'est pas pour ceux-là que le flambeau s'effare Et que la tombe exulte en un sinistre émoi.

Ceux qui passent, rongés à mesure par l'heure, Froids, chauves, édentés, et morts avant la Mort, Ont volé le sépulcre ; et ne sont plus qu'un leurre Que la fosse maudit, quand son rictus les mord.

Ceux qu'elle tue ainsi, la Parque les délivre, Et, sous le sol, reçoit leurs êtres sans couleurs, Comme une rose sèche aux pages d'un vieux livre Que la Terre, au Printemps, relie avec des fleurs.

Vivent les trépassés entrant au sarcophage Comme un été détruit dans son plein messidor ; La Camuse dévore avec un cri sauvage Leurs corps entiers, aux dents de perle, aux cheveux d'or !

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CHAIR FRAÎCHE · Robert MONTESQUIOU · Poetry Cove