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1896

BERCEUSE NOIRE

Robert MONTESQUIOU

Dormez les morts, dormez les âmes, Dormez les corps ; En l'attente de vains sésames, Dormez les morts.

Dormez les fronts, dormez les rêves Et les essors ; Dormez les apparences brèves, Dormez les morts.

Dormez les yeux, dormez les larmes Et les décors ; Dormez les hideurs et les charmes, Dormez les morts.

Dormez le sourire et les lèvres Et les transports ; Dormez les amours et les fièvres ; Dormez les morts.

Dormez les cœurs, dormez les plaintes Regrets, remords ; Toutes les choses sont éteintes, Dormez les morts.

Dormez, l'esprit et les pensées Et les efforts ; Toutes les choses sont cessées, Dormez les morts.

Dormez, l'espoir, dormez, l'extase ; Jusques aux bords De la tombe, suprême vase, Dormez les morts.

Ce vase où la chair s'incorpore, Vase aux flancs forts, Urne d'où l'âme s'évapore, Dormez les morts.

On ne chante plus vos nénies Aux doux accords ; Toutes les choses sont finies, Dormez les morts !

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