Dormez les morts, dormez les âmes,
Dormez les corps ;
En l'attente de vains sésames,
Dormez les morts.
Dormez les fronts, dormez les rêves
Et les essors ;
Dormez les apparences brèves,
Dormez les morts.
Dormez les yeux, dormez les larmes
Et les décors ;
Dormez les hideurs et les charmes,
Dormez les morts.
Dormez le sourire et les lèvres
Et les transports ;
Dormez les amours et les fièvres ;
Dormez les morts.
Dormez les cœurs, dormez les plaintes
Regrets, remords ;
Toutes les choses sont éteintes,
Dormez les morts.
Dormez, l'esprit et les pensées
Et les efforts ;
Toutes les choses sont cessées,
Dormez les morts.
Dormez, l'espoir, dormez, l'extase ;
Jusques aux bords
De la tombe, suprême vase,
Dormez les morts.
Ce vase où la chair s'incorpore,
Vase aux flancs forts,
Urne d'où l'âme s'évapore,
Dormez les morts.
On ne chante plus vos nénies
Aux doux accords ;
Toutes les choses sont finies,
Dormez les morts !