Dans le nid que les Ondins
Ont fait de branches textiles,
Dormez, dormez, les blondins,
Les deux gentils volatiles.
L'orme s'y mêle au bouleau,
Le tremble s'unit à l'orme ;
Et le murmure de l'eau
Exige que l'on s'endorme.
Quand les Ondins berceront
Les blondins, feuilles, feuillages,
En tombant feront un rond
Sur l'onde, puis des sillages.
A son tour, sur l'abreuvoir,
L'aragne aussi fait des cycles :
Et le hibou, pour la voir,
Rajuste ses deux bésicles.
A travers le pavillon
Que, sur leurs fronts et leurs poses,
L'ombre tisse, un papillon
Prend leurs lèvres pour des roses.
Puis les Ondins chasseront,
O blondins, de votre bouche
Le vol bruyant du ciron,
Avec une aile de mouche.
O mères des deux blondins
Vous pouvez dormir tranquilles.
En confiant aux Ondins
Vos deux gentils volatiles.
Car, voici que sous les voix
De la chanson mensongère
Que le zéphyre parfois
Au roseau menteur suggère,
Les mères se sont aussi
Lentement ensommeillées :
Et lorsque, le cœur transi,
Elles se sont réveillées,
Hors du nid que les Ondins,
Ont fait de branches textiles,
Avaient fui les doux blondins
Les deux gentils volatiles.
O mères des doux blondins,
Craignez les chansons subtiles
Que chantent, pour les Ondins,
Les roseaux fluviatiles.