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1896

BERCEUSE D'EAU

Robert MONTESQUIOU

Dans le nid que les Ondins Ont fait de branches textiles, Dormez, dormez, les blondins, Les deux gentils volatiles.

L'orme s'y mêle au bouleau, Le tremble s'unit à l'orme ; Et le murmure de l'eau Exige que l'on s'endorme.

Quand les Ondins berceront Les blondins, feuilles, feuillages, En tombant feront un rond Sur l'onde, puis des sillages.

A son tour, sur l'abreuvoir, L'aragne aussi fait des cycles : Et le hibou, pour la voir, Rajuste ses deux bésicles.

A travers le pavillon Que, sur leurs fronts et leurs poses, L'ombre tisse, un papillon Prend leurs lèvres pour des roses.

Puis les Ondins chasseront, O blondins, de votre bouche Le vol bruyant du ciron, Avec une aile de mouche.

O mères des deux blondins Vous pouvez dormir tranquilles. En confiant aux Ondins Vos deux gentils volatiles.

Car, voici que sous les voix De la chanson mensongère Que le zéphyre parfois Au roseau menteur suggère,

Les mères se sont aussi Lentement ensommeillées : Et lorsque, le cœur transi, Elles se sont réveillées,

Hors du nid que les Ondins, Ont fait de branches textiles, Avaient fui les doux blondins Les deux gentils volatiles.

O mères des doux blondins, Craignez les chansons subtiles Que chantent, pour les Ondins, Les roseaux fluviatiles.

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