Mon doux appartement aux ors des broderies Bossués et fleuris, n'a pas de bouderies ; Et, quand je rentre, atone et triste, sur mon spleen Met son effleurement de caresses si plein,
Où, suspendue, hésite, et, comme par bouffées De musique lointaine aux gammes étouffées, L'âme de l'univers aux durs aveux contraints, Des gemmes de ses flancs, des métaux de ses reins,
Des nacres et des bois rares, des poils textiles, Que, l'évolution des époques, des styles Force aux expressions, oblige aux avatars Des meubles, des objets, timides, ou regards
De couleurs, comme ces japonaises ombrelles Qui ruissellent en feux d'artifice de presles, De pivoines, d'iris, entre des queue-leu-leus De rouges mikados, de samouraïs bleus.
Et des chauves-souris s'y mêlent à des crabes. Russe pelleterie et tissages arabes, Émaux, cuivres persans, laque aux faibles lueurs M'apportent les travaux, les luttes, les sueurs
Des artisans lointains, évanouis ; — poussières Lumineuses des goûts, des écoles, des ères Que la mode disperse et choisit en son van, Mer qui s'en vient mourir au pied de mon divan.
Et, sur le brocart d'or, sable de cette grève, Tous ces efforts lointains aboutis en mon rêve ; Ayant pour but, unique et suprême, mon vers A bien arc-en-cieler de tons roses et verts,
Et l'ensommeillement de mes heures maussades, Avec les concetti de couleurs, les glissades De lumière, sur des arêtes accrochant Leur paillette de jour comme un trille de chant,
Me charment, et me font savourer la torture Vengeresse de l'avaricieuse nature, Incomplète dans ses rudimentaires ruts D'embryonnaires faits et d'ébauchages bruts ;
Et qui n'inventa pas — ô critique narquoise ! Ma tortue au dos d'or caillouté de turquoise !
Cookies on Poetry Cove