Quand le jour espéré, le jour inévitable Des justes expiations Viendra pour balayer une race coupable Au vent des révolutions ;
Alors, tous les pleureurs qui parlent de clémence. Ceux à qui le bourreau fait peur, Ceux pour qui la justice est colère et vengeance, Le crime faiblesse et malheur.
Reviendront nous crier que la peine est impie, qu’il faut pardonner, non punir. Et, quand le sang versé veut du sang qui l’expie, on parlera de repentir.
Déesse qu’invoquaient les siècles forts et rudes, Par qui tout meurtre était vengé, O Sainte Némésis, vois nos décrépitudes, Ton glaive en férule est changé.
Philosophes profonds, déclamateurs sublimes Qui jetez un regard d’amour Sur l’assassin maudit, que le sang des victimes Sur vous retombe aux derniers jours.
Pas de grâce, pensons à la mort de nos frères, A tant de maux inexpiés, Et que leur souvenir en profondes colères Transforme les lâches pitiés
Pensons aux jours de sang, de pillage et de ruine Où dans nos faubourgs bombardés Le canon répondait aux cris de la famine A nos murs de sang inondés.
Au viol impur, souillant la vierge à l’agonie Qui lutte et maudit sa beauté. Quand sur les corps sanglants aux râlements unie Hurle l’immonde volupté ;
Aux vaincus désarmés dont la foule sanglante Sous le feu se crispe et se tord ; Le sang ruisselle a flots sur la chair pantelante. Cris de meurtre et plainte de mort !
Aux applaudissements des femmes, sur les places. Les corps tombèrent par milliers. Et quand les massacreurs dont les mains étaient lasses Eurent tué trois jours entiers.
Vous couronniez leur fronts, et vos femmes si fières Battaient des mains et croyant voir Ces cosaques sanglants, chers jadis à leurs mères Agitaient vers eux leur mouchoir.
Et puis le lendemain de la victoire impie, La hideuse délation. Après l’assassinat, la froide calomnie, L’implacable proscription ;
Puis les cachots sans air, dont les voûtes obscures Des mourants étouffaient les cris Où les bourreaux rouvraient les récentes blessures Et broyaient les membres meurtris.
Oh qu’ils ont bien d’avance absous nos représailles ! Quand nos bras seront déchaînés. Pensons aux morts : il faut de grandes funérailles A nos frères assassinés.
A notre tour enfin, à vous d’abord, nos maîtres, Nos représentants, nos élus. Vil troupeau d’assassins, de lâches et de traîtres, A genoux ! malheur aux vaincus !
Le jour de la justice est venu, pas de grâce, Ni prières ni repentirs Ne vous empocheront de baiser chaque place Où coula le sang des martyrs.
Toi, l’aveugle Instrument de leur froide colère. Vis, d’exécration chargé ; Pourvu qu’à ton chevet le spectre de ton frère Se lève, le Peuple est vengé.
Vous qui nés dans nos rangs avez trahi vos frères, des Peuples éternels fléaux. Du pouvoir qui vous paie implacables sicaires, Esclaves, valets de bourreaux.
Et vous, vils trafiquants, race basse et rampante, Qui, dans ces jours maudits, alliez Soûlant d’or et de vin la horde rugissante Des égorgeurs stipendiés.
Loin d’ici, vous souillez l’air pur de la patrie ! Déjà, terrible et menaçant Le Peuple est la qui veille ; oh fuyez, qu’il oublie Que le sang seul lave le sang.
Pour moi, si j’ai rêvé le sceptre et la puissance. C’est pour le bonheur de tenir L’impassible couteau de la sainte vengeance, Et le droit sacré de punir.
Mais au crime partout j’égalerais la peine ; Le crime est prompt, le remords lent. Et souvent l’assassin ronge et brise sa chaîne Pendant que la victime attend.
J’irais sur le cadavre épeler les tortures : Au jour de l’expiation. Œil pour œil, dent pour dent, blessure pour blessure. L’antique loi du talion.
Et je voudrais aussi secouant la poussière Des siècles dans l’oubli plongés. Évoquer leur douleur muette, et satisfaire Tous les morts qu’on n’a pas vengés.
Car l’expiation est chose grande et sainte, Et comme un reproche éternel Les douleurs sans vengeance élèvent une plainte Qui monte de la terre au ciel.
Et de peur qu’il fut dit que cette loi suprême Put être oubliée une fois, Pour absoudre le ciel, l’homme a cru que Dieu-même Dut expirer sur une croix.
Cookies on Poetry Cove