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1895

Double Rêve

Louis MÉNARD

J'ai cru qu'on m'enfermait au couvent : c'est un rêve ! Je suis morte, il est mort aussi : je bénis Dieu ! Là-bas, sur sa tombe une ombre se lève : Viens, mon bien-aimé, viens me dire adieu.

— J'ai cru qu'on m'enchaînait dans la tour, sur la pierre, Seul, loin d'elle et du jour ; mais non, ce cachot noir, C'était mon tombeau dans le cimetière. Que Dieu soit béni, je vais la revoir !

— C'est toi ! Je savais bien que tu m'aurais suivie, Tu me l'avais promis. Cette félicité Q'on nous refusait pendant notre vie, La mort nous la rend pour l'éternité.

— Je rêvais de prison, et toi de monastère : Un baiser ! oublions et mon rêve et le tien. Dieu, qui sépara nos cœurs sur la terre, Les unit au ciel : je le savais bien !

— Écoute ! un son de cloche a retenti : c'est l'heure Du dernier jugement pour tous les trépassés ; Faut-il nous quitter si tôt ? — Non, demeure : Qu'importe le ciel ? restons embrassés !

La cloche du matin sonne pour la prière ; A travers les barreaux glisse un rayon du jour, Tous deux à lajois ouvrent leur paupière, Elle en sa cellule, et lui dans la tour.

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