Pour la première fois du sort abandonnée, Aux parvis de Minerve Athènes prosternée Accusait de ses maux Périclès et les dieux. Par les dieux inspiré, le jeune Stésichore
S'avance ; et sous sa main le bouclier sonore Remplace les accents du luth mélodieux. Prêtant des sons plus fiers à l'Élégie en larmes, Nobles Athéniens, il vous rappelle aux armes ;
Il chante les lauriers cueillis à Marathon : Il chante ; et de Tyrtée on crut voir le génie Guidant Lacédémone aux champs de Messénie, Ou le dieu de Claros armé contre Python.
« Vainqueurs de Marathon ! quel trouble vous égare ! » Levez-vous, triomphez de Sparte et de Mégare ; » Échappez à l'affront de leur joug odieux. » Sparte et Mégare en vain jurent votre ruine ;
» Vainqueurs de Marathon ! vainqueurs de Salamine ! » Répondez-moi de vous, je vous réponds des dieux. » Les cruels ! si jamais ils touchent nos rivages, » Malheur à nous ! suivis du deuil et des ravages,
» Us briseront des morts les pieux monuments ; » Et de nos fiers aïeux les cendres désolées, » Sur nos fronts avilis retomberont mêlées » Aux cendres des palais et des temples fumants.
» O Pudeur ! verras-tu la barbare licence » Au pied de ta statue outrager l'innocence, » Et souiller le pur sang des antiques héros ! » Athènes ! verras-tu nos vierges profanées
» Rougir au nom de mère, et pleurer condamnées » A nourrir dans leurs flancs les fils de tes bourreaux ! » Ah ! de ces noirs destins que le fer nous préserve ! » Notre ville est encor la ville de Minerve :
» Athènes défendra les dieux de ses foyers ; » Athènes aux vainqueurs ne sera point soumise ! » Doux flots de l'Ilissus ! fraîches eaux du Céphise ! » Vous n'abreuverez point leurs sauvages coursiers. »
Aux rapides accords du renaissant Tyrtée, On dit que tout à coup de Minerve agitée Tressaillirent la lance et le bouclier d'or. Un aigle s'élança dans la plaine azurée,
Dispersa des vautours la troupe conjurée, Et sur l'olive en fleur reposa son essor. A ce présage heureux, en agitant le glaive, Dans sa force première Athènes se relève ;
Les braves sont armés de leurs longs javelots ; Ils partent, plus joyeux que ces brillants théores Dont les groupes, mêlés aux chœurs des canéphores, Volaient, parés de fleurs, aux fêtes de Délos.
Les hymnes d'espérance et les chants de victoire, Frappant de Sunium le vaste promontoire, Retentirent au loin dans l'espace des airs ; Et les échos sacrés de l'enceinte divine
Entretinrent longtemps du nom de Salamine les échos des vallons, des rochers et des mers.
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