Dans la solitaire bourgade,
Rêvant à ses maux tristement,
Languissait un pauvre malade
D'un long mal qui va consumant.
Il disait : « Gens de la chaumière,
Voici l'heure de la prière
Et les tintements du beffroi :
Vous qui priez, priez pour moi. »
Mais quand vous verrez la cascade
Se couvrir de sombres rameaux,
Vous direz : « Le jeune malade
Est délivré de tous ses maux ! »
Lors revenez sur celte rive
Chanter la complainte naïve ;
Et quand tintera le beffroi,
Vous qui priez, priez pour moi.
Quand à la haine, à l'imposture,
J'opposais mes mœurs et le temps,
D'une vie honorable et pure
Le terme approche, je l'attends.
Il fut court, mon pèlerinage !
Je meurs au printemps de mon âge
Mais du sort je subis la loi :
Vous qui priez, priez pour moi.
Ma compagne, ma seule amie,
Digne objet d'un constant amour !
Je t'avais consacré ma vie,
Hélas ! et je ne vis qu'un jour.
Plaignez-la, gens de la chaumière,
Lorsqu'à l'heure de la prière
Elle viendra sous le beffroi
Vous dire aussi : « Priez pour moi.