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1801

PRIÈRE A LA NUIT

Charles MILLEVOYE

Du jour sœur paisible et voilée. Qui, sur la terre consolée Versant le baume du repos, Couronnes ta tète étoilée

D'un diadème de pavots, O Nuit ! pardonne si ma lyre, Frémissant au gré du zéphyre Parmi les saules de ces bords,

Ose un instant par ses accords Troubler la paix de ton empire. J'ai vu le disque étincelant S'éteindre aux humides demeures,

Et le groupe léger des Heures Suivre ton char en se voilant. Tout dort ; et moi, seul, en silence, Aux lueurs d'un pâle flambeau,

Devant ton trône je balance Des suppliants l'humble rameau. Je n'invoque point ton mystère Pour aller ravir à sa mère

Une vierge au cœur ingénu, Qui, solitaire et sans défense, Achève, le sein demi-nu, Son dernier songe d'innocence.

Je ne vais point d'un seuil jaloux Tenter la roule détournée, Et par un furtif hyménée Venger, en dépit des verrous,

La jeune épouse condamnée Au froid baiser d'un vieil époux. Mes vœux sont purs. O Nuit sacrée ! Fais qu'un songe à l'aile dorée,

Avant le retour du soleil, Vienne de l'image adorée Enchanter mon heureux sommeil. Pour toi, déité que j'implore,

Je veux sur le bord des ruisseaux Unir le pâle sycomore A l'if, ornement des tombeaux ; Jusques à l'aurore prochaine,

De l'amour charmant les douleurs, Je veux à ton autel d'ébène Consacrer un hymne et des fleurs.

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