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LES REGRETS D'UN INFIDÈLE

Charles MILLEVOYE

Oui, c'en est fait, Isore, un sentiment vainqueur Triomphe du nœud qui nous lie ! Pauvre Isore ! j'ai vu Délie : Délie a tous mes vœux, Délie a tout mon cœur.

Et, tandis que la nuit obscure Protége, loin de toi, nos muets entretiens ; Tandis que ma bouche parjure Appelle des baisers qui ne sont plus les tiens,

Aux tremblantes lueurs d'une lampe affaiblie Tu relis le dernier serment De l'infidèle qui t'oublie ; Tu songes à l'amour, et tu n'as plus d'amant !

Je suis déjà puni. Ta rivale a des charmes… Eh bien ! ton souvenir est encor plus puissant. Je te pleure en te trahissant : La légère inconstance a donc aussi des larmes !

Jamais, hélas ! oh ! non, jamais L'orgueilleuse beauté que malgré moi j'adore N'aimera comme tu m'aimais ; Je le sais, et pourtant je le fuis, pauvre Isore !

Ta confiance encore ajoute à mon malheur. Parfois, sortant des bras de la rivale heureuse, Fatigué des transports d'une nuit amoureuse, Je t'aborde, l'air vague et le front sans couleur :

N'importe ! Loin de toi toute crainte est bannie ; Tu ne soupçonnes pas l'infidèle insomnie Qui sur mes traits changés imprime la pâleur ; Seulement ta bouche m'accuse

De consumer ma vie au sein des longs travaux, Et de consacrer à ma muse L'heure où le doux sommeil balance ses pavots. Je souris tristement à l'erreur qui t'abuse.

Mais lorsque tu me dis : « Je compte sur ta foi ; Ne m'abandonne pas, je me confie à toi, » Alors mon cœur succombe au trouble qui l'oppresse ; Je sens l'aveu cruel s'échapper à moitié ;

Et toi, tu crois à ma tendresse, Qui n'est plus que de la pitié. Quand finira l'erreur dont tu jouis encore, Combien de larmes vont couler !

Je plaindrai tes douleurs. et, sans les consoler, Je répéterai : « Pauvre Isore !… » Périsse, périsse le jour Où la fière Délie usurpa ton empire !

Périssent ses attraits et son fatal sourire ! Périsse même son amour ! Qu'ai-je dit ? Peut-être Délie Un jour d'Isore en pleurs vengera l'abandon :

Oublié comme je t'oublie, Je viendrai, douce Isore, implorer un pardon ; Mais en vain : le dieu qui console, Le temps aura donné ton cœur

A quelque autre amant moins frivole, Et plus digne de son bonheur.

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