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1801

LES ADIEUX D'HÉLÈNE

Charles MILLEVOYE

Tu dors, ô Ménélas ! et la liquide plaine Balance le vaisseau qui doit ravir Hélène. Sur les parquets de cèdre, effleurés en tremblant, Elle posait dans l'ombre un pied furtif et lent ;

Un obstacle imprévu l'arrête… elle frissonne… Hélas ! ses mains touchaient le berceau d'Hermione. Le ciel pour la punir lui gardait ces adieux. « O ma jeune Hermione, ô fille aimable et chère !

Dit-elle, ma faveur te demandait aux dieux ; Et je pars ! et demain tu n'auras plus de mère ! » A ces mots, l'œil baissé, tout entière à son deuil, Du palais conjugal elle passe le seuil,

Et répète, en gagnant les rives écartées : « O Pudeur ! où fuis-tu quand tu nous as quittées ? » Des astres de la nuit brillaient les feux naissants : Hélène, à leurs clartés, contemple cette terre,

Ces prés, ces eaux, témoins de sa fuite adultère ; Et sa douleur s'exhale en ces tristes accents : « Couvrez-vous d'un long deuil, odorantes prairies Qu'au jour de mon hymen mes compagnes chéries,

La corbeille à la main, dépouillèrent de fleurs ! Péris, arbre sacré, qui fus l'arbre d'Hélène, Péris ! que des Autans l'impétueuse haleine Sèche ton vert feuillage et fane tes couleurs !

Je ne reverrai plus ton fortuné rivage, Bel Eurotas ! adieu. Vous, cygnes de ces bords, Dont un dieu pour ma mère emprunta le plumage ! Formez avant le temps d'harmonieux accords ;

Que d'échos en échos votre chant se répète, Et porte mes regrets aux nymphes du Taygète. » Elle aperçoit alors ces platanes nombreux Qui du long Céramique ornent le sein poudreux.

C'est là que devant elle une foule en extase Oubliait pour lavoir les combats du Gymnase ; C'est là que les vieillards se redisaient entre eux : « Qu'elle est belle ! et combien Ménélas est heureux ! »

Plus loin, à ses regards, sur la haute colline, De Minerve apparaît la demeure divine. Elle rougit ; baissant la tète sur son sein, Elle tourne ses pas vers le temple prochain :

Ce temple est à Vénus, mais à Vénus armée. Hélène alors s'arrête : interdite, alarmée, Elle croit que déjà la déesse en fureur De ses futurs destins lui présage l'horreur ;

Elle croit, dans l'effroi dont son âme est saisie, Voir les feux de l'autel s'élancer vers l'Asie. Soudain Pâris accourt, d'espérance enflammé ; Autour de lui s'exhale un nuage embaumé :

« Viens, tout est prêt ; Thétis a reçu mon offrande ; Le zéphyr nous appelle, et la mer te demande. Viens, ô ma belle amante, ô fille de Léda ! Vénus veille sur nous des hauteurs de l'Ida,

Des mortels ni des dieux ne crains plus la colère : Vénus est ma déesse, et Priam est mon père. » Il dit ; la triste Hélène, en soupirant tout bas, De son nouvel époux suit lentement les pas,

Non sans redire, au bruit des ondes agitées : « O Pudeur ! où fuis-tu quand tu nous as quittées ? »

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