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1801

LE TOMBEAU

Charles MILLEVOYE

« Ta voix, Zaïde, est celle du zéphire ; D'un charme pur elle enivre mes sens : Mais apprends-moi quelle savante lyre De ces beaux vers enfanta les accents.

Oh ! non, jamais roses de poésie, Trésors charmants de grâce et de fraîcheur, De tels parfums n'embaumèrent l'Asie ; Ton baiser même aurait moins de douceur.

» — De Bénamar cet hymne fut l'ouvrage, Noble sultan ! chantre de la valeur, Il fit briller la consolante image Du jour sans fin dans un monde meilleur.

Ses chants perdus furent sans récompense : Il s'en alla vers les sables d'Iran Avec sa fille, étoile d'innocence, Toucher la lyre au bruit de l'ouragan.

» — Fidèle émir ! prends ma noire cavale ; Ses pieds légers sont l'aile de l'oiseau. Vole au désert, plus prompt que la rafale ; A Bénamar va porter cet anneau.

Oui, j'en atteste et la nuit et ses voiles : De mes bienfaits je prétends le combler ; Du firmament les nombreuses étoiles A ses trésors ne pourront s'égaler.

» Que sur tes pas sa fille consolée Vienne avec lui former d'heureux concerts ! Loin des regards cette palme isolée A trop longtemps fleuri pour les déserts. »

L'émir, pressant la cavale légère, Part comme un trait qui s'élance et qui fuit ; Et sur sa route une jeune étrangère Pâle et charmante, apparut vers la nuit.

« O voyageur qui, seul et sans retraite, Cours, égaré dans les sables d'Iran ! Que cherches-tu ?— Je cherche le poète, Ce Bénamar, la gloire du sultan.

— O voyageur ! Bénamar fut mon père ; Il a cessé de vivre et de souffrir : Ces hauts cyprès ombragent sa poussière, Et près de lui j'achève de mourir.

» — Fleur de beauté ! que ton éclat renaisse ; Viens, sors enfin de ton obscurité ; Viens, et pour toi que rayonne sans cesse L'astre éclatant de la prospérité !

— Tu vois la tombe où veille ma tristesse : Tel est mon cœur, il ne peut se rouvrir. Mon père est mort ; seul il fut ma richesse : Pauvre il vécut, pauvre je veux mourir. »

Et, défaillante, elle embrasse en silence Le sol funèbre, objet de tous ses vœux ; Et du cyprès que la brise balance L'ombre se mêle au noir de ses cheveux.

Sa voix mourante à son luth solitaire Confie encore un chant délicieux ; Mais ce doux chant, commencé sur la terre, Devait, hélas ! s'achever dans les cieux.

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