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1801

LE POËTE VOLÉ

Charles MILLEVOYE

Mes amis, on prétend à tort Qu'un poète n'est pas volable ; Aujourd'hui de ce triste sort Je suis l'exemple déplorable.

Rien n'est plus vrai : Rias nouveau, N'ayant rien pour être plus leste, Je puis répéter in petto Mon omnia mecum porto…

C'est une douceur qui me reste. Comme on avait sans doute appris Mon peu de goût pour la parjure, Habits, linge, l'on m'a tout pris,

Malgré cadenas et serrure. De mon mobilier peu content, On a saisi d'une main preste Trente-six francs d'argent comptant…

Ce qui me console pourtant, C'est qu'on ne prendra pas le reste. J'en voudrais presque au garnement Qui, sans pitié pour mes alarmes,

Ne m'a pas laissé seulement Un mouchoir pour sécher mes larmes ; Mais il respecta mes écrits En voleur discret et modeste.

Venez, innocents manuscrits, Petits vers, avortons chéris ! Tenez-moi lieu de tout le reste. Prenons notre parti gaîment ;

N'ai-je pas des grâces à rendre ? On m'a laissé fort galamment… Tout ce qu'on n'a pas pu me prendre. Après tout, si je suis volé,

J'ai pour braver mon sort funeste, Avec un cœur tout consolé, Ma bonne humeur et mon Églé : Cela vaut mieux que tout le reste.

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