« Qu'il serait doux le baiser de ta bouche, O Zarina !… Je l'aime, et je suis roi. » Ainsi parlait le chef au cœur farouche A Zarina qui pâlissait d'effroi.
« Fier Nélusko ! Zarina te.révère ; Mais Zéphaldi lui seul est tout pour moi. » Jetant sur elle un regard de colère, Il répéta : « Je t'aime, et je suis roi. »
Puis affectant un visage tranquille : « O Zarina ! ce soir je t'attendrai Dans le bocage, au couchant de notre île. » Et Zarina répondit : « J'y serai. »
Il s'éloigna. L'insulaire tremblante Alla s'asseoir sous le mancenillier, Et commença, d'une voix faible et lente, Ce chant lugubre et qui fut le dernier :
« Viens, Nélusko ! La feuille balancée » Frémit au loin sous les vents en courroux. » Ta nuit d'amour sera triste et glacée, » Et mon sommeil sera paisible et doux.
» O charme pur ! ô voluptés nouvelles ! » Esprit de l'air, est-ce toi que j'entends ? » Viens-tu déjà m'emporter sur tes ailes » Vers les bosquets de l'éternel printemps ?
» Je t'ai gardé le baiser de ma bouche, » Mon jeune ami ! viens te rejoindre à moi » Dans ce séjour où le maître farouche » Ne dira plus : Je t'aime, et je suis roi. »
Elle disait. Déjà sur sa paupière Le long sommeil descendait lentement ; Lorsqu'à grands pas traversant la bruyère, Soudain parut Zéphaldi, son amant,
Il la cherchait. O terreur ! sous l'ombrage A peine il vit sa belle Zarina, Qu'il reconnut le funeste feuillage, Et que d'horreur tout son cœur frissonna.
Il la saisit sous l'arbre solitaire, Et dans ses bras l'emportant plein d'effroi : « O Zarina ! parle, qu'allais-tu faire ? — Me dérober aux poursuites d'un roi. »
Le lendemain la pierre accoutumée Avait reçu leur serment nuptial, Et l'humble toit de la hutte enfumée Faisait envie au pavillon royal.
A leur passage en tumulte on s'élance ; Et Zéphaldi répétait en chemin : « J'ai la sagaie, et la flèche, et la lance, Et tout rival périra de ma main. »
Le roi présent dévore la menace ; Son âme altière est contrainte à fléchir : Tel un torrent frémit, écume et passe Au pied d'un mont qu'il ne saurait franchir.
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