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1801

LE DÉGUISEMENT

Charles MILLEVOYE

L'airain neuf fois a frappé l'heure : Loin d'une indiscrète demeure, Échappons-nous, seuls et sans bruit ; Usant d'une innocente adresse,

Prends les voiles de la vieillesse Pour tromper l'œil qui nous poursuit : Telle on voit une main fidèle Couvrir du chaume protecteur

La timide et pâle fraîcheur De la tige aimable et nouvelle. Défends à ces cheveux flottants De trahir nos métamorphoses,

Et que l'hiver dise au printemps De cacher ses lis et ses roses. Retiens le tendre empressement De ton pas qui se précipite,

Et chemine aussi lentement Que ton ami quand il te quitte. Sachons un moment contenir Ce feu d'amour qui nous dévore :

Un moment, un moment encore, Et l'imposture va finir. Les baisers de la jeune Aurore Ont vieilli l'amant qu'elle adore,

Et les miens vont te rajeunir. Mais, à cette enivrante image, Ton bras encor plus tendrement Presse le mien : un doux nuage

S'abaisse sur ton œil charmant ; Déjà ton âme s'abandonne Au bonheur que tu dois goûter ; Et l'antique voile s'étonne

De sentir un cœur palpiter.

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