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1801

LA SOIRÉE

Charles MILLEVOYE

J'entends la cloche de la nuit Qui vers la cité nous rappelle ; Le char léger qui nous conduit Fend les airs : la route s'enfuit,

Le plaisir s'enfuit avec elle. Des simples charmes du vallon Aux pompeux ennuis du salon Il faut passer, ma bien-aimée !

Pour nous vingt flambeaux éclatants Vont remplacer dans peu d'instants Le demi-jour de la ramée. Nous allons, pour de froids discours,

Graves à la fois et frivoles, Quitter ces entretiens si courts Et qui renfermeront toujours Plus de baisers que de paroles.

Mais, en dépit de tes atours, Mon souvenir tendre et fidèle Te reverra cent fois plus belle Dans la parure des amours.

A cet odorant diadème, Qui du front de celle que j'aime Égale à peine la fraîcheur, Je reconnaîtrai l'humble fleur

Dont j'ornai sa tête chérie Avant de quitter la prairie Qui fut témoin de mon bonheur. Pardonne ; mais sur ton visage

Je chercherai le doux ravage, Trace de nos plaisirs secrets ; Et mon œil, qui sur tant d'attraits Avec volupté se repose,

Voudra démêler dans tes traits Une aimable métamorphose : Car aux yeux ravis d'un amant Le lis peut effacer la rose ;

Le coloris le plus charmant Est la pâleur dont il est cause.

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