J'entends la cloche de la nuit
Qui vers la cité nous rappelle ;
Le char léger qui nous conduit
Fend les airs : la route s'enfuit,
Le plaisir s'enfuit avec elle.
Des simples charmes du vallon
Aux pompeux ennuis du salon
Il faut passer, ma bien-aimée !
Pour nous vingt flambeaux éclatants
Vont remplacer dans peu d'instants
Le demi-jour de la ramée.
Nous allons, pour de froids discours,
Graves à la fois et frivoles,
Quitter ces entretiens si courts
Et qui renfermeront toujours
Plus de baisers que de paroles.
Mais, en dépit de tes atours,
Mon souvenir tendre et fidèle
Te reverra cent fois plus belle
Dans la parure des amours.
A cet odorant diadème,
Qui du front de celle que j'aime
Égale à peine la fraîcheur,
Je reconnaîtrai l'humble fleur
Dont j'ornai sa tête chérie
Avant de quitter la prairie
Qui fut témoin de mon bonheur.
Pardonne ; mais sur ton visage
Je chercherai le doux ravage,
Trace de nos plaisirs secrets ;
Et mon œil, qui sur tant d'attraits
Avec volupté se repose,
Voudra démêler dans tes traits
Une aimable métamorphose :
Car aux yeux ravis d'un amant
Le lis peut effacer la rose ;
Le coloris le plus charmant
Est la pâleur dont il est cause.