La rose, doux présent des cieux,
Semble sourire à la nature ;
De la terre aimable parure,
La rose est le souffle des dieux.
Vénus la reçoit ou la donne ;
Les Muses en parent leurs fronts ;
Et, l'entrelaçant en festons,
Les Grâces en font leur couronne.
Heureux celui qui la moissonne !
Fidèle image du plaisir,
Quoique l'épine l'environne,
On aime encore à la cueillir.
Charme de tout ce qui respire,
Vierges, elle orne votre sein ;
Poète, elle ombrage ta lyre ;
Buveur, elle embaume ton vin.
Partout la rose : elle colore
Des nymphes les bras demi-nus ;
La rose est aux doigts de l'Aurore,
La rose est au front de Vénus.
Quand elle a perdu sa jeunesse
Et son empire d'un matin,
Par son odorante vieillesse
Elle prolonge son destin.
On nous raconte que Cybèle,
Lorsque Vénus reçut le jour,
Embellit son nouveau séjour,
Et créa la rose pour elle.
Les dieux cultivent cette fleur ;
De son nectar Bacchus l'arrose,
Et ce nectar donne à la rose
Et ses parfums et sa couleur.