On m'a conté qu'en Helvétie,
Louise, une fleur à la main,
Avec Lisbeth, sa douce amie,
Un jour s'était mise en chemin :
« Ron ermite assis sur la pierre,
Disait-elle, dans ta prière
Souviens-toi
De moi. »
Advint qu'en sa route orageuse
Je ne sais quel pressentiment
Troubla la belle voyageuse,
Qui soupira profondément :
« Hélas ! dit-elle à son amie,
Avant toi si je perds la vie,
Souviens-toi
De moi. »
Soudain l'avalanche sauvage
Roule et l'entraîne dans son sein.
Jetant alors sur le rivage
La fleur qu'elle tenait en main :
« Adieu, dit-elle, mon amie ;
Garde bien cette fleur chérie ;
Souviens-toi
De moi. »
Lisbeth veut suivre son amie :
Au trépas elle veut courir ;
Mais on la retient à la vie :
Vivre, ah ! pour elle c'est mourir.
Elle garda la fleur fidèle,
Et depuis cette fleur s'appelle :
Souviens-toi
De moi.